Voyage War Child – Dimanche, 3 juin

 

Dimanche, 3 juin, il est 21h00, et je repense à tout ce que j’ai vu, ressenti, observé en une journée et demi en Ouganda.  Et ça ne fait que commencer…  Ce voyage promet !

Samedi 2 juin : après 16 heures de vol,  15 000 kilomètres dans les airs et 2 escales, Gabrielle , en charge du financement chez War Child Canada, Jimmy et moi sommes accueillis par Jonathan,  directeur du programme ougandais de War Child, et Benson, qui travaille pour War Child depuis 7 ans.  Benson est le plus ancien employé de War Child en Ouganda, et c’est lui qui nous conduira à travers le pays cette semaine, car croyez-moi, vous ne voulez pas conduire en Ouganda !   Benson navigue comme un pro à travers le trafic, où les voitures côtoient de nombreuses motos, que les gens utilisent pour transporter plus des personnes (genre : papa conduit, maman est assise de côté sur le siège arrière et tient fermement bébé), ou alors des marchandises.  lles sont petites et leurs conducteurs se faufilent dans le moindre espace pour avancer.   Il faut vraiment avoir des yeux partout.

Autour d’une bière (ougandaise, bien sûr !), Jonathan nous parle du programme et de son rôle (qui est double, faute de fonds suffisants pour embaucher le support nécessaire. Gabrielle et lui nous expliquent également les sources et les contraintes du financement des ONG (organisations non-gouvernementales) telles que War Child.  IL y a les dons individuels, les dons des corporations telles qu’Aimia. Les gros donateurs préfèrent donner des fonds pour la réalisation de projets bien spécifiques, et leur utilisation est vérifiée.  Cependant, il faut aussi de l’argent pour le fonctionnement général du bureau, et pour l’exploration, la préparation, qui mèneront à la proposition de projets, ce qui souvent un problème.

Dimanche, 3 juin : départ pour Gulu, où nous passeront quelques jours.  Gulu est dans le nord du pays, à 5 heures de route de Kampala.  Conducteurs Montréalais, vous seriez étonnés et impressionnés par la qualité de la route.  Montréal fait pitié en comparaison (bon, pour maisons, c’est une autre histoire…)  La route se gâte cependant très sérieusement à mi-parcours:  Jonathan  nous explique que la route est pavée là où les touristes l’empruntent…

Un trajet qui nous fait découvrir le paysage : l’Ouganda, c’est vert et rouge. Vert, car il y a une abondante végétation partout : peu de palmiers, surtout des arbustes et des arbres feuillus.  Rouge, de la couleur du sol, qu’on voit de chaque côté des routes pavées, et sur les routes secondaires.  Rouge aussi pour les toits de tôle rouillée.    Plus nous sortons de la ville, plus les voitures et les motos disparaissent au profit des vélos et des bonnes vieilles jambes.  Partout des gens, incluant des enfants,  qui marchent sur le bord de la route, transportant des charges sur leur tête ou dans leur bras, ou qui pédalent sur de vieux vélos, transportant de la nourriture, des matériaux de construction, etc.  Inutile de préciser que personne ne souffre d’embonpoint ici.  Nous croisons des mamans avec leurs bébés attachés dans le dos,  des gens qui tendent à bout de bras des volailles vivantes à vendre, des commerçants dans de petites échoppes faites de briques ou de bois, affichant des publicités pour Coca-Cola, des chèvres et des vaches qui broutent, attachés à une simple corde.

Au milieu du chemin, nous passons le pont Karouma, qui enjambe le Nil.  Celui-ci prend sa source en Ouganda.  Oubliez vos idées préconçues sur les rivières africaines à sec: ici le fleuve est très large, et le torrent bouillonnant, immense : aucun être humain ne pourrait traverser ce fleuve à la nage ou en bateau.   C’est pourquoi d’ailleurs il a été détruit par le gouvernement, alors que le LRA (Lord’s Resistance Army – Joseph Kony, ça vous dit quelque chose?) sévissait dans le nord de l’Ouganda : ce fut le moyen de contenir les rebelles dans le nord du pays et de les empêcher de se rendre jusqu’à la capitale.

Tout juste avant le pont, il y tout plein de babouins sur la route : Jonathan nous avait averti de ne pas prendre de photos, car il est interdit de photographier les ponts, les installations militaires et gouvernementales, etc.   Nous risquons, de l’intérieur de la voiture, 2-3 clichés des babouins avec nos iPhone, et voyons arriver les militaires – merde!  Ceux-ci s’adressent en Luo (la langue locale) à Benson, qui nous traduit que nous sommes les bienvenus, nous les visiteurs, de prendre des photos des babouins et du fleuve!  Wow! C’est notre jour de chance!

Une fois arrivés à Gulu, nous posons nos valises et repartons tout de suite pour Lukodi, un village des  environs: des habitants de l’endroit ont accepté de nous raconter comment, le 19 mai 2004, le LRA a envahi le village et tué une soixantaine de personnes.

Nous sommes accueillis par le chef du village devant le mémorial à la mémoire des victimes, ainsi que de quelques habitants.

Nous nous déplaçons par la suite à l’intérieur du village, ou, entourés des modestes huttes, des cultures de maïs et des animaux, un petit groupe de personnes nous décrit, tour à tour, ce qu’ils ont vécu cette terrible journée. Afin de protéger la population rurale du LRA, le village avait été transformé en camp de réfugiés pour les gens de la région, protégé par des militaires.  Les rebelles sont arrivés, ont fait main basse sur toutes les provisions et les bêtes, puis ont tué une soixantaine de femmes, d’hommes et d’enfants, et ont tout saccagé. Plusieurs autres personnes ont été enlevées par les rebelles, puis tuées dans la jungle.  Un vieil homme  nous raconte comment il a, de justesse, échappé au même sort et est revenu au village, pour apprendre que des membres de sa  famille avaient été tués. Un autre, Calvin, nous dit qu’à l’endroit même ou nous nous tenons, il a perdu 5 personnes de sa famille, dont 2 enfants.  Et cette vieille femme, qui en a perdu quatre…  Inutile de préciser que mon cœur de mère est en miettes…  Les gens nous expliquent également les défis bien réels auxquels ils doivent faire face : ce village doit prendre soin de ses nombreux orphelins, et doit assumer entre autres les frais de scolarité de ces enfants.  De plus, plusieurs des personnes tuées le 19 mai 2004 et inhumées sur place dans les jours qui ont suivi le massacre étaient des réfugiés : dans la culture de ces gens, un mort doit être enterré selon des rites précis, dans son propre village.  Rapatrier leur dépouille dans leur village d’origine requiert une coûteuse exhumation.

Plusieurs des personnes victimes de près ou de loin du LRA sont réticents à parler des horreurs qu’ils ont vécu.  Les impacts sur leur sont immenses et durables.  Plusieurs ont toujours peur, même si la paix est revenue depuis quelques années, que la même chose se reproduise. Les gens qui nous ont accueilli aujourd’hui sont heureux, même si cela ravive de douloureux souvenirs,  de partager leur histoire, et nous demandent de faire de même avec notre entourage.

Ce sont des gens dignes, braves et généreux que nous avons rencontré aujourd’hui.

 

 


 

One Response à “Voyage War Child – Dimanche, 3 juin”

  1. Melanie Presseault 06/06/2012 at 10:13 pm #

    Je voulais vous remercier pour vos témoignages. Le récit de votre périple est très intéressant. C’est comme si j’y étais. Apprendre sur ce que fait cette organisation est épatant.

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