L’approche de War Child : présence sur le terrain et sensibilisation

5 juin : nous nous sommes rendus aujourd’hui à Kitgum, à 100 km de Gulu, où War Child Canada a un bureau satellite.  Nous y avons rencontré toute l’équipe (petit aparté : tous les gens de WWC en Ouganda, et les ougandais en général, sont merveilleusement accueillants et chaleureux, et Jimmy et moi on adopte la poignée de main ougandaise à notre retour !).  Notre journée a été consacrée à l’expérimentation d’un des aspects-clé du processus d’accès à la justice de War Child Canada : les rencontres de sensibilisation.  

Avant de vous décrire de façon plus concrète le travail de WWC, un peu de contexte : le LRA a ravagé le nord de l’Ouganda pendant une vingtaine d’année, déplaçant plus de 1,7 million de personnes dans des camps de réfugiés, et décimant la population.   Femmes et enfants ont particulièrement souffert de ce conflit : viols, mutilations, brutalité, enlèvements, etc.  La promiscuité de la vie en camp n’a aidé en rien la situation, et les agresseurs pouvaient être autant les rebelles et l’armée, que les civils.    Le conflit est terminé depuis 2006, mais la vie est loin d’être revenue à la normale.  Les comportements adoptés pendant les années de guerre n’ont pas tous disparu.

Le travail de War Child Canada en Ouganda se concentre sur l’accès à la justice pour les cas de violence chez les femmes et les enfants : violence conjugale et sexuelle, maltraitance ou abandon d’enfants.

L’accès à la justice est difficile pour les populations rurales : une femme qui voudrait porter plainte contre son mari qui l’a abandonné sans ressources avec ses enfants doit se rendre à pied au poste de police le plus près, quelquefois à 2-3 jours de marche.  Qui va garder les enfants?  Une procédure judiciaire peut par ailleurs requérir plusieurs voyages pour rencontrer la police et les avocats et pour paraître  à la cour, ce qui augmente la difficulté. Côté coût, il faut la plupart du temps payer le policier sous-payé par l’état pour ses repas (une gentille façon de dire : verser un pot-de-vin).  Par-dessus tout, les frais d’avocats sont tout simplement inabordables pour ces gens.

Ces obstacles majeurs s’ajoutent au  fait que le système judiciaire est présentement débordé, et que, le niveau d’éducation étant généralement bas, la connaissance des lois est très limitée.   Par exemple, il existe encore beaucoup de personnes en Ouganda qui ne réalisent pas que battre sa femme est passible de prison.

WWC offre une clinique d’aide juridique sans frais dans Gulu, Kitgum et Pader (un quatrième bureau, Lira, vient tout juste de fermer faute de fonds).   Les gens qui viennent demander du support sont accueillis avec respect et professionnalisme, comme nous l’avons constaté hier. WWC paie leurs dépenses de transport, coordonne le dossier, gère les attentes quant aux délais du système judiciaire,  et réfère souvent les gens à des ressources en santé ou en soins psychologiques.    WWC privilégie toujours, lorsque c’est possible, la médiation et la réconciliation des familles.   Lorsque la médiation échoue, ou dans les cas de viols et de violence aggravée, des procédures judiciaires sont entreprises.

Tout ça est très bien, mais encore faut-il que les habitants de toutes les régions rurales sachent que les services de War Chld Canada sont disponibles.   WCC a développé une approche sur le terrain  qui donne d’excellents résultats : les agents de liaison tiennent des réunions de sensibilisation un peu partout sur le territoire, afin que les gens comprennent mieux la loi, et leurs recours en cas de besoin.

Cet après-midi, par exemple, Jimmy, Gabrielle et moi nous sommes rendus dans le sous-comté de Labongo Amida, où une de ces réunions se tenaient.  Ressemblés sous un grand arbre, à l’ombre, une centaine d’habitants des environs sont venus échanger avec Joseph et Lilianne de WWC.  Le LC (local council, l’équivalent du maire) et les policiers locaux sont présents.

Joseph facilite une discussion autour du thème de la violence conjugale. Un vrai pro. Au début un peu réservés, les participants réagissent et identifient les raisons à la source de la violence conjugale.  Un vrai dialogue s’engage, avec beaucoup d’animation et de bonne humeur,  pendant un bon moment.  Après les rafraîchissements (le Coca-Cola et le Fanta sont vraiment populaires en Ouganda!), Lilianne enchaîne, en leur expliquant la loi et ce que WWC peut faire en cas de besoin.

Les réactions du public sont positives, qui demandent que ce genre de réunion se tiennent dans d’autres endroits du district.  Benson nous dit que ce groupe est petit, car c’est la saison des semailles et plusieurs sont aux champs, mais que les groupes comptent souvent jusqu’à 300 personnes.

L’équipe de WWC fera le suivi avec ces gens d’ici quelques semaines pour s’assurer que le message a été entendu, et l’aide des volontaires, dont Jimmy a parlé hier, sera cruciale pour encourager ceux et celles qui ont besoin des services de WWC à se rendre les voir.

Demain mercredi, journée de tourisme : nous visiterons les chutes Murchison, une des attractions majeures de l’Ouganda.  Benson, notre super-chauffeur, y a travaillé pendant de nombreuses années avant de joindre WWC, nous serons donc entre bonnes mains.

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